Après deux films Resident Evil qui semblaient vouloir nous dire « Hey les gamers, z’êtes vraiment trop cons ! Moua ha ha ha !», après des métrages comme Super Mario ou Street Fighter à coté duquel un Max Pecas ferait figure de chef-d’œuvre, la malédiction semble enfin levée. Oui, chers camarades gamers, le jour béni est enfin arrivé. Je jour béni où le cinéma et le jeu vidéo, deux familles qui ne se comprenaient pas, se sont enfin unies en donnant naissance à une progéniture qui n’a pas à avoir honte. Silent Hill est un bon film et une excellente adaptation (historiquement, la première) d’un jeu vidéo. La genèse était encourageante et le pari, réussi.
La charte cinématographique épouse avec une aisance décomplexée un panaché improbable des trois premiers
Silent Hill. Une belle performance de la part de
Christophe Gans. Le métrage prend son temps et avant que Rose ne fasse ses premiers pas dans la ville brumeuse (plus vraie que nature, un bonheur), le récit amène les personnages avec minutie, leur psychologie se dévoilant au fil des minutes. Le postulat de départ est le suivant : Sharon, que ses parents adoptifs croient victime de crises de somnambulismes, réclame la ville de
Silent Hill lors d’états de transe assez déstabilisantes. Rose, sa mère, décide d’en avoir le cœur net et d’amener sa petite fille dans la tristement célèbre ville désaffectée et ce, au grand dam de son époux.

L’intrigue met du temps à s’installer et l’on retrouve sans problème le rythme nonchalant des jeux, idem avec la terreur qui ira crescendo. Mais attention, tout comme les jeux, le film
Silent Hill ne prétends pas être un somment de violence. L’ambiance étouffante, confinant à la claustrophobie, est plus ou moins bien retranscrite. Les décors sont à ce titre très impressionnants, de véritables copié/collé de
Silent Hill 2 et
Silent Hill 3. Un léger filtre orne l’image en permanence, comme pour rappeler celui (plus prononcé) des softs. Le métrage prend comme base scénaristique 90% du
Silent Hill de la PSone. La première descente aux enfers de Rose est assez réussie et fidèle aux premiers événements auxquels fut confronté Harry Mason.
Christophe Gans, lui-même grand fan de la franchise, met donc en scène une multitude de références n’ayant pour but que de contenter les gamers. Pas de doute, sa bonne volonté saute aux yeux et mis à part deux ou trois défauts (nous y reviendrons plus tard), le résultat est assez réussi, voire jubilatoire.

Si le récit se concentre en grande partie sur les péripéties de Rose et Cybil, une petite lucarne nous décrit régulièrement les investigations de son mari (très bon
Sean Bean d’ailleurs). Un point que certaines critiques dénoncent. Pourtant, voilà un bon stratagème mettant en relief la « dimension parallèle » que représente
Silent Hill, l’isolement de ses acteurs ainsi que toute la symbolique matriarcale chère au réalisateur. Tout comme la vidéo explicative intervenant peu avant le final explosif. Cette dernière ne mâche pas le travail tant que ça comme on a pu l’entendre/lire et moult zones d’ombres scénaristiques subsistent. Voilà qui donne déjà lieu a de nombreux débats hautement stimulants, il suffit de voir toutes les interprétations données par les internautes sur les fora. Une fois encore, le film se rapproche du jeu à ce niveau là, même si les softs de Konami demeurent encore moins démonstratifs et par conséquent, plus énigmatiques. Là se pose évidemment la confrontation des concepts narratifs, diamétralement opposés, du jeu vidéo et du cinéma.


Prenons comme base les meilleurs opus de la saga :
Silent Hill 2 et
Silent Hill 3. Ces derniers se terminent en 8 ou 9 heures environ. Gros soucis : le film ne dure que 2H06 ! Ensuite, dans un
Silent Hill version jeu, le joueur peut prendre son temps pour dénicher toutes les symboliques parsemant l’environnement, analyser la psychologie de chaque protagoniste, lire et relire les documents dénichés ici et là. Principe radicalement opposé pour un long-métrage. Les passages entre le Silent Hill brumeux et le Silent Hill ténébreux sont biens plus rapprochés chronologiquement dans la version cinématographique. Pas le choix. Dans cette démarche, à priori casse-gueule,
Gans s’en sort une fois de plus très bien. La narration continuée et contemplative du jeu est bien restituée. Compte-tenu des différences fondamentales entre le jeu vidéo et le cinéma, le film
Silent Hill est la première passerelle valable et sincère entre ces deux médias/arts qui ne se sont jamais compris, qui n’ont su communiquer que par pillages interposés.

Il a fallu faire des compromis mais avait-on vraiment le choix ? Le fan des jeux ne cessera d’y voir des références, comme celle qui m’a sauté aux yeux à la deuxième vision du film : Lorsque Christopher et l’officier Gucci déambulent dans l’école primaire de
Silent Hill, les teintes rougeâtres et chaleureuses sont en totale opposition avec les couleurs froides, organiques et métalliques des dimensions où se trouve coincée Rose. Une opposition qui fut au cœur des préoccupations de la Silent team pour marquer la transition entre
Silent Hill 2 et
Silent Hill 3. De même, le final apocalyptique emprunte aux fins des trois premiers volets. Le générique concluant le film fait quant à lui penser à l’intro de
Silent Hill 4. Des exemples comme ceux-là, on peut en dénicher des dizaines (mais je ne « spoilerais » pas plus !).

Akira Yamaoka (producteur et compositeur attitré de la saga) a insufflé lui aussi tout son génie au film. Tout d’abord avec quelques-unes de ses plus belles compositions issues des jeux (de nouveaux morceaux sont aussi de la partie). Et puis son droit de regard, dont l’importance fut immense pour
Christophe Gans, toujours dans un souci quasi-obsessionnel de ne pas dénaturer l’œuvre originale. Autre bon point : les acteurs s’en sortent très bien.
Radha Mitchelle, tout en justesse, campe à merveille une femme/mère prête à tout pour retrouver sa fille, choquée par ce qui l’entoure, à deux doigts de sombrer dans la folie avant de prendre le dessus.
Sean Bean, en mari impuissant et inquiet, est très convaincant. Belle performance également pour
Jodelle Ferland qui passe du rôle de Sharon à celui d’Alessa avec une aisance déconcertante. Quant à
Laurie Holden, elle incarne une Cybil plus complexe qu’il n’y paraît avec une dégaine qui nous rappelle que ce personnage est un pur produit de jeu vidéo. Le reste du casting assure également, sauf pour l’apparence ridicule de certains disciples de Cristabella.

La réalisation chaparde pas mal de plans aux jeux (une revendication de
Gans) tout en apportant quelques travellings biens pensés. Résultat : une fidélité à toute épreuve.
Akira Yamaoka aurait demandé à
Christophe Gans de réutiliser certaines créatures inédites du film pour les futurs
Silent Hill et a même déclaré dernièrement que le long-métrage lui avait ouvert de nouveau horizons pour le prochain volet sur console. Une belle récompense pour le français, qui voue à la série une passion dévorante (comme nous tous ici, non ?) et qui fait désormais partie de la famille Silent Team. Pour rester sur les créatures, Pyramid Head (le monstre le plus terrifiant de l’Histoire vidéoludique) est bien retranscrit dans sa version live, plus vengeur et impitoyable que jamais. Ouf !

Des défauts,
Silent Hill en a. Heureusement serait-on tenté de dire ! Ma petite déception provient des infirmières dont l’apparition donne plutôt dans l’auto parodie. Dommage car ces « créatures » sont un moment fort des jeux. Autre chose : l’arrivée de Rose à l’école. La manière dont elle trouve le trousseau de clé et la lampe s’avère trop peu réaliste et fait trop « jeu vidéo » justement. Terriblement paradoxal. Enfin, concernant Alessa, Christophe Gans surfe un peu trop sur la mode du syndrome Sadako. Dommage.

En conclusion,
Silent Hill est une excellente surprise. Un film sur la féminité, sur l’intégrisme religieux ou sur les tréfonds de l’âme humaine ? A vous de voir. C’est en tout cas une adaptation qui ne prend pas son modèle vidéoludique pour un idiot. Une adaptation qui reconnaît ouvertement que le jeu vidéo peut dispenser de temps à autre une densité artistique et psychologique consistante. Et ça, c’est déjà pas mal.
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